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Voici désormais en ligne, en libre accès pour nos lecteurs, l'ensemble du matériel militant utilisé depuis la rentrée de septembre 2007.

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Radio Révolution

26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 13:22
A la suite de l'assasinat de Benazir Bhutto, nous publions ci dessous trois articles du site de La Riposte écrits ces dernières semaines par des camarades de la Tendance Marxiste Internationale sur la situation au Pakistan.

Pakistan : le régime du général Musharraf en crise arton900.jpg

Au cours de ces derniers mois, l’instabilité du régime du général Musharraf, au Pakistan, est apparue au grand jour. Après le mouvement des avocats, en mars, contre la suspension du chef de la Cour Suprême du pays, Iftikhar Chaudry, il y a eu l’assaut militaire contre la « Mosquée rouge », en juillet. Ces deux événements illustrent une crise profonde de l’appareil d’Etat, qui est la conséquence de la complète faillite du capitalisme pakistanais.

 

Un demi-siècle après son indépendance formelle, le Pakistan demeure largement dominé par l’impérialisme. Les politiques d’« ajustement structurel » dictées par la Banque Mondiale et le FMI y ont provoqué, comme partout ailleurs, un véritable désastre économique et social.

74 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’inflation des produits alimentaires a dépassé la barre des 15 %. La santé publique est en ruine : 82 % de la population est obligée de recourir à des médecines non-scientifiques. 52 % des enfants – dont une nette majorité de filles – ne vont pas à l’école primaire. La mortalité infantile est la plus forte de toute la région : 88 pour 1000 naissances. 80 % de la population n’a pas facilement accès à l’eau potable. Le chômage est endémique. Chaque jour, 10 000 pakistanais sombrent dans la pauvreté.

Les fondamentalistes exploitent la pauvreté et le désespoir des masses de la façon la plus cynique. Cependant, il ne faut pas oublier que le fondamentalisme est la créature de l’impérialisme américain et de l’Etat pakistanais. La dictature du général Zia, arrivé aux commandes par un coup d’Etat, en 1977, s’est efforcée de se consolider en recourrant au fanatisme religieux, avec l’appui enthousiaste des Etats-Unis. Par la suite, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont financé à coups de milliards de dollars la « guerre sainte » menée à partir du Pakistan contre le gouvernement du PDA, en Afghanistan, puis contre les troupes soviétiques qui y étaient intervenues, en 1979.

L’ISI (les services secrets pakistanais) a joué un rôle déterminant dans ce processus. Il s’est transformée en une structure parallèle – un Etat dans l’Etat – contrôlant une fraction toujours plus large du pouvoir. Depuis, sous tous les régimes qui ont succédé à celui du général Zia, mort en 1988, l’ISI n’a jamais cessé d’exercer son emprise sur le pays, y compris après le coup d’Etat de Musharraf, en 1999.

Corruption

Arrivée trop tard sur la scène de l’histoire, la classe capitaliste pakistanaise est faible, dégénérée, gangrenée par la corruption. Elle est incapable de développer les infrastructures économiques et de régler les conflits nationaux qui ensanglantent le pays. Pour couvrir ses intrigues et ses basses œuvres, elle n’a eu de cesse de s’appuyer sur l’appareil d’Etat, qui en conséquence a joué un rôle économique toujours plus important. C’est particulièrement le cas de l’armée. Aujourd’hui, les hommes d’affaires les plus riches sont les généraux.

Désormais, les différentes fractions de l’appareil d’Etat sont en lutte ouverte. L’épisode sanglant de la Mosquée rouge en est une illustration. En 2006, les écoles coraniques et les mosquées ont poussé comme des champignons : 60 dans la seule ville d’Islamabad. Le gouvernement s’en est inquiété et a commencé à les détruire, provoquant une réaction vigoureuse du clergé. L’escalade a mené à l’assaut contre la Mosquée rouge, qui était le centre névralgique des fondamentalistes – mais aussi, pour mémoire, le centre militaire de la « guerre sainte » en Afghanistan.

Comme si Musharraf n’avait pas assez de problèmes, l’administration américaine exerce une pression permanente pour qu’il intensifie sa « guerre contre le terrorisme » à la frontière avec l’Afghanistan. C’est d’ailleurs plus facile à dire qu’à faire. L’armée pakistanaise a déjà perdu plus de 800 soldats, et d’innombrables civils sont tués, avec pour seul résultat d’avoir apporté aux Talibans de nouvelles recrues pachtounes. La population est foncièrement opposée à cette guerre. Elle brûle de haine contre l’impérialisme américain, devant lequel Musharraf courbe l’échine.

Dans ce contexte, et étant donnée l’impasse dans laquelle se trouve l’économie pakistanaise, les possibilités d’une stabilisation politique et sociale sont très faibles. En fait, le régime de Musharraf ne tient déjà que par un fil. Il peut chuter à tout moment, et Musharraf lui même a échappé à plusieurs attentats très sérieux.

Après Musharraf ?

Qu’est-ce qui remplacerait ce régime ? A en croire les grands médias occidentaux, les fondamentalistes sont aux portes du pouvoir. Loin de nous l’idée de sous-estimer ce danger. S’ils arrivaient au pouvoir, les fondamentalistes instaureraient un régime ultra-réactionnaire et chercheraient à écraser le mouvement ouvrier (ce qui semble avoir échappé à certains clowns gauchistes qui les considèrent comme des alliés « anti-impérialistes »).

Cependant, les bases des fondamentalistes, dans la population, sont très fragiles. Leur influence décroît, surtout depuis qu’ils sont au pouvoir dans les provinces du Baloutchistan et du Pakhtoonkhwa (l’ancienne Frontière Nord-Ouest). Ils ont montré qu’ils ne constituaient pas une alternative, qu’ils poursuivaient la même politique réactionnaire que les autres, dictée par le FMI et la Banque Mondiale. Par ailleurs, les nombreuses grèves spontanées, à Karachi et dans le reste du pays, indiquent que l’opposition au régime actuel et au despotisme en général se développe, dans le mouvement ouvrier.

Les Américains semblent n’avoir pas d’autre alternative à Musharraf que de remettre en selle Benazir Bhutto, ex-premier ministre et actuelle dirigeante en exil du PPP (Parti du Peuple Pakistanais). Le PPP a surgi à l’époque de la révolution de 1968-69 et bénéficie d’une assise de masse. Ses textes fondateurs sont imprégnés d’idéaux socialistes et révolutionnaires, mais sa direction actuelle, complètement corrompue, est acquise à la cause du capitalisme.

Benazir Bhutto est un pion des Américains. Récemment, elle a engagé avec Musharraf des négociations en vue de former un régime « libéral » et pro-américain. Cependant, si Bhutto entraîne le PPP dans cette voie, cela provoquera de puissants remous dans la base militante du parti. Dans tous les cas, l’extrême droite de l’appareil d’Etat ne l’accepterait pas, et le régime de coalition ne durerait pas longtemps.

La classe ouvrière

Lorsque la classe ouvrière se jettera dans la bataille, d’énormes possibilités s’ouvriront pour les marxistes pakistanais (La Lutte), qui constituent l’aile gauche du PPP et représentent déjà une force significative, dans le pays. Si la direction du PPP est obligée de prendre le pouvoir en renversant le régime de Musharraf, elle entrera en conflit ouvert avec l’appareil d’Etat et ne pourra pas contrôler le puissant mouvement de radicalisation qui s’enclenchera, dans la population. Nos camarades seront alors en très bonne position pour se transformer en une force de masse.

Il y a longtemps, Lénine expliquait quelles étaient les conditions d’une révolution. Premièrement, la classe dirigeante doit être divisée et ne plus être en mesure de gouverner comme par le passé. C’est clairement le cas, au Pakistan. Deuxièmement, les classes moyennes doivent être dans un état de grande effervescence. Le mouvement des avocats indique précisément une violente oscillation des classes moyennes. Troisièmement, la classe ouvrière doit être déterminée à se battre et à faire de grands sacrifices pour vaincre. La lutte des travailleurs de l’acier, entre autres, montre que cette volonté existe. Quatrièmement, il faut une direction révolutionnaire capable de se placer à la tête du mouvement et de le mener à la victoire. La croissance rapide de l’organisation marxiste pakistanaise nous permet d’avoir pleinement confiance dans l’émergence de ce facteur décisif.

La Riposte
Publication : vendredi 28 septembre 2007

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Où va le Pakistan ? 

arton914.jpgLe 18 octobre dernier, la ville de Karachi, au Pakistan, a connu la plus large mobilisation de masse depuis un quart de siècle : 1 million de personnes selon la police, et 3 millions selon la direction du PPP (Parti du Peuple Pakistanais).

Les gens étaient venus de tout le Pakistan pour accueillir la dirigeante du PPP, Benazir Bhutto, qui revenait de 8 ans d’exil volontaire. Cependant, il y avait bien plus que ce qu’en ont dit les médias bourgeois, dans cette monumentale manifestation d’accueil. Pour venir à Karachi, beaucoup ont fait plus de mille kilomètres dans des conditions très précaires, ont passé des nuits sans sommeil et puisé dans leurs maigres économies. Des milliers de bus et autres véhicules sont venus d’aussi loin que le Cachemire.

La motivation principale des gens était d’« être là », de faire partie d’un mouvement où ils pouvaient exprimer leurs souffrances, où ils pouvaient manifester leur détermination à lutter pour transformer la société qui gouverne leur existence.

Le canal à travers lequel les masses ont exprimé leur volonté est, une fois de plus, le Parti du Peuple Pakistanais. Et pour s’assurer qu’elle serait massivement accueillie, Benazir Bhutto a dû reprendre, dans ses dernières déclarations, le vieux slogan du PPP : « Roti, Kapra, Makan » : de la nourriture, des vêtements, un logement.

Ces événements confirment pleinement les perspectives élaborées de longue date par la Tendance Marxiste Internationale et sa section pakistanaise, The Struggle (La Lutte). Dès 1998, dans un meeting ouvrier, à Karachi, Alan Woods expliquait : « Quand elle reviendra au Pakistan, des millions de personnes accueilleront Benazir, malgré sa politique. »

Des décennies durant, Benazir Bhutto n’a cessé d’évoluer vers la droite. Elle a frayé avec l’impérialisme américain et cherché à convaincre l’Etat pakistanais et la classe dirigeante de son adhésion aux politiques pro-capitalistes. Avant de revenir au Pakistan, elle s’est efforcée de parvenir à un accord avec le régime de Musharraf. L’intelligentsia et les éléments petits-bourgeois qui dominent les médias annonçaient que ces négociations allaient ruiner la popularité de Benazir Bhutto. Mais les masses pakistanaises ne voient pas les choses ainsi.

Benazir a déjà été au pouvoir à deux reprises : en 1986 et 1993. Elle a chaque fois abandonné le peuple pour prouver sa fidélité à l’ordre établi. Elle a bien évidemment trempé dans la corruption qui est un élément organique de ce système. Mais contrairement à ce que s’imaginent l’intelligentsia et les médias pakistanais, la popularité de Benazir ne repose pas sur ses qualités de « femme d’Etat », son « habileté politique » ou son « aptitude à manœuvrer ». Elle repose sur l’héritage historique du PPP, qui a surgi à l’époque de la révolution de 1968-69.

Au cours de cette révolution, les travailleurs, la jeunesse et les paysans pauvres ont eu le pouvoir à portée de main. Du 6 novembre 1968 au 29 mars 1969, il y avait une situation de double pouvoir, dans le pays. S’il y avait eu un parti marxiste capable de prendre la tête du mouvement, il aurait pu se saisir du pouvoir à pas moins de cinq occasions.

Les travailleurs occupaient les usines, les étudiants contrôlaient les universités. Ils refusaient de payer leurs tickets de bus et de train. Les paysans pauvres occupaient les terres. Cependant, la majorité de la gauche pro-Moscou et pro-Pékin limitait la révolution au « stade démocratique », et dénonçait même le mouvement contre la dictature militaire d’Ayub Khan, un « ami » de la bureaucratie chinoise.

Zulfiqar Ali Bhutto, le père de Benazir, reconnut le caractère socialiste du mouvement, et en appela à la transformation socialiste de la société. Cette perspective et ce programme se connectaient parfaitement à la lutte des masses pakistanaises. Du jour au lendemain, le PPP est devenu le plus grand parti de l’histoire du Pakistan.

Cependant, même avec un programme socialiste relativement clair, la révolution de 1968-69 se solda par un échec. Il manquait le facteur subjectif : le parti révolutionnaire. Bhutto a mis en œuvre des réformes radicales dans l’agriculture, la santé, l’éducation – entre autres. Il a également nationalisé de larges sections du système bancaire et de l’industrie. Mais le capitalisme n’a pas été renversé. Or, il n’est pas possible de faire la moitié d’une révolution. Zulfiqar Ali Bhutto fut renversé par un coup d’Etat – soutenu par les Américains – puis fut pendu, en avril 1979, par la dictature du général Zia.

Cependant, l’héritage politique de cette révolution, dans la conscience du peuple pakistanais, n’a pas été liquidé. Telle est la principale raison du large soutien dont bénéficie toujours le PPP, malgré la politique de compromis de Benazir. L’un des principaux slogans de la manifestation du 18 octobre était : « Bhutto, tu es toujours vivant ! » Consciemment ou inconsciemment, le PPP est perçu comme le véhicule du changement. C’est la raison pour laquelle, au Pakistan, l’entrée des masses dans l’arène de la lutte politique doit nécessairement commencer sous la bannière du PPP. Et c’est d’ailleurs pour cela que d’importantes sections de l’Etat sont terrifiées par l’énorme soutien dont jouit le PPP, et ne font pas confiance à Benazir, malgré son engagement à sauvegarder le système capitaliste.

La classe dirigeante n’envisage de laisser Benazir Bhutto accéder au pouvoir que dans le but de faire dérailler un mouvement de masse imminent. Il en fut déjà ainsi par le passé. Cependant, l’Etat connaît aujourd’hui une crise sévère et des conflits internes ouverts. Dans ce contexte, il sera difficile de mettre en place un régime reposant sur une base de classe contradictoire, comme l’ont d’ailleurs montré les deux attentats à la bombe visant la caravane de Benazir, le 18 octobre, qui ont tué 139 personnes et en ont mutilé 500.

Le fondamentalisme islamique est essentiellement un phénomène sponsorisé par l’Etat, et qui se nourrit de la brutalité de la « guerre contre le terrorisme » menée par l’impérialisme américain. Son essor temporaire est surtout dû à l’effondrement de la gauche et au refus, de la part du PPP, de lutter contre les agressions impérialistes.

Qu’ils aient été commandités par une section de l’Etat ou par son Frankenstein – le fondamentalisme islamique –, les attentats du 18 octobre n’empêcheront pas le mouvement de se développer. Les dirigeants du PPP s’efforcent de calmer la colère du peuple, ulcéré par cet acte criminel. Mais sa vengeance s’exprimera, sur le plan électoral, par un large soutien à Benazir – et plus généralement dans l’orage révolutionnaire qui pointe à l’horizon.

Ces dernières années, les fondamentalistes ont plusieurs fois appelé à des « manifestations d’un million d’hommes » contre l’impérialisme américain – sans jamais parvenir à dépasser 5% de cet objectif. Aujourd’hui, l’alliance des fondamentalistes se disloque, ce qui est une autre expression des contradictions au sein de l’appareil d’Etat.

Lorsque le richissime ex-premier ministre Nawaz Sharif est revenu au Pakistan, le 10 septembre dernier, il n’y avait pas plus de 5000 personnes pour célébrer son retour, et ce malgré la large couverture médiatique et les fabuleuses sommes d’argent destinées à promouvoir son « énorme » popularité.

Le régime de Musharraf s’est facilement débarrassé de Nawaz Sharif. En fait, ce dernier serait depuis longtemps tombé dans l’oubli sans l’aide de Benazir, qui n’a cessé de le présenter comme un partenaire important dans sa lutte pour la « démocratie ». Le principal objectif de Benazir était alors de faire alliance avec la droite pour empêcher toute radicalisation, au sein du PPP, contre sa politique collaborationniste. La base sociale de Sharif est essentiellement petite-bourgeoise.

Les médias et les petits-bourgeois radicalisés trompètent que jamais le retour de Benazir et la manifestation d’accueil n’auraient été possibles sans l’accord passé entre la dirigeante du PPP et Musharraf. C’est une insulte aux innombrables opprimés qui ont bravé tant d’obstacles et de difficultés pour se rendre à Karachi. Certes, l’Etat n’a pas opposé de grande résistance à la manifestation. Certes, les dirigeants bourgeois et petit-bourgeois du PPP, qui pensent aux élections législatives, ont investi beaucoup d’argent pour affréter des bus et fabriquer d’immenses bannières. Mais de plus grandes sommes d’argent ont été investies, par le passé, pour les rassemblements de Musharraf et de la Ligue Musulmane – avec des résultats incomparables à l’immense mobilisation suscitée par le retour de Benazir.

La faible résistance du régime à la manifestation du 18 octobre s’explique également par la division de l’Etat sur cette question. Ils craignaient qu’une tentative d’empêcher aux millions de personnes d’envahir les rues ne provoque une explosion sociale incontrôlable. De fait, aucun obstacle ne peut empêcher une foule aussi gigantesque d’aller où elle veut.

L’administration américaine n’a pas obligé Musharraf et Benazir à négocier un gouvernement de coalition dans le seul but de renforcer la position du régime dans la guerre contre les Talibans. La principale crainte des stratèges les plus sérieux de l’impérialisme, c’est la possibilité d’un soulèvement des travailleurs pakistanais contre les privatisations et toutes les autres attaques contre la classe ouvrière. Dans le seul secteur des télécommunications, 29 000 travailleurs sont licenciés dans le cadre de la privatisation. La même politique est en cours dans d’autres secteurs de l’économie. L’idée, par conséquent, c’est de partager le pouvoir avec Benazir et de s’appuyer sur son autorité pour lancer ces attaques criminelles contre les travailleurs.

Ce ne sera pas facile. Nous ne sommes plus en 1988 ou en 1993. Encore une fois, les attentats du 18 octobre ont montré à quel point la situation de l’Etat et de la société s’est détériorée. Et les masses ne veulent pas de ce scénario. Elles voteront pour Benazir parce qu’il n’y a pas d’alternative à ce stade. Mais si elles ont attendu Benazir pendant 30 heures, parfois sans eau, sans nourriture et sans sommeil, et si certains ont marché pendant des kilomètres et des kilomètres pour atteindre Karachi – ce n’est certainement pas en faveur des privatisations, des dérégulations, de l’inflation, du chômage et de la pauvreté. Elles ne sont pas venues pour soutenir la corruption, la « démocratie » libérale, les politiques capitalistes et la soumission aux impérialistes.

Sur la base du capitalisme, Benazir ne pourra pas se stabiliser à la tête de l’Etat pakistanais. La crise du capitalisme pakistanais exacerbe la terreur et le fanatisme religieux. L’économie est en ruine, minée par des déficits budgétaires et commerciaux historiques. Le renchérissement du pétrole et la crise économique mondiale ne peuvent qu’aggraver la situation de l’économie pakistanaise.

La société s’enfonce dans un profond malaise. La poursuite des politiques en cours ne peut qu’aggraver les contradictions. D’un côté, le chaos et l’anarchie peuvent pousser le Pakistan dans le cauchemar de la barbarie, dont les éléments ont fait une effrayante apparition dans les zones frontalières avec l’Afghanistan. Cependant, la mobilisation du 18 octobre montre l’autre face du Pakistan.

Le 10 avril 1986, Benazir avait déjà fait un retour célébré par une manifestation de plus d’un million de personnes. Le 11 avril, elle reconnut qu’elle aurait pu facilement prendre le pouvoir, la veille, si elle l’avait voulu. Elle avait raison ! Mais elle refusa de s’engager dans la voie révolutionnaire. Elle fut portée au pouvoir à travers un compromis avec l’appareil d’Etat et la classe dirigeante. Elle doucha les espoirs du peuple et s’efforça de maintenir le statu quo. Lorsque le mouvement reflua, elle fut renversée.

De nouveau, en 1993, Benazir fut portée au pouvoir par la pression des masses. Mais une fois de plus, elle se mit au service du système capitaliste. Allons-nous revivre le même scénario ? Ce cercle vicieux se répètera-t-il indéfiniment ? Nous ne le pensons pas. La misère et les souffrances sont trop immenses. Les conditions de vie sont intolérables. Les masses ont supporté une longue période de réaction et d’oppression. Il leur a fallu d’énormes efforts pour reprendre l’initiative, le 18 octobre. L’unité de millions d’opprimés leur donne une grande confiance et le sens de leur force collective. Si, à nouveau, Benazir trahit les espoirs qu’elle a soulevés, la révolte ne sera pas dirigée par l’Etat ou la réaction. L’opposition viendra de ceux-là mêmes qui ont fait un accueil triomphal à Benazir.

Aucune force réactionnaire, au Pakistan, n’aurait pu mobiliser autant de monde. Le peuple opprimé s’est mis en mouvement pour réclamer un changement. Il l’a fait à travers le PPP, conformément à ce qui constitue sa tradition politique depuis plus de trois générations. Si cela échoue, il n’ira pas, la prochaine fois, à l’aéroport de Karachi. Il occupera les usines, prendra le contrôle du réseau ferroviaire, des télécommunications et de l’industrie électrique. Il expropriera les impérialistes et les grands propriétaires terriens – comme en 1968-69, mais à un niveau plus élevé.

L’accord entre Musharraf et Benazir est très instable. Même s’ils s’efforcent d’agir conformément au scénario de Washington, c’est un chemin semé d’embûches. N’importe quel événement peut faire s’écrouler tout l’édifice – à commencer par un attentat terroriste. Mais même si cette alliance fragile passe le cap des élections et prend la forme d’un nouveau régime, ses chances de survie sont faibles, tant sont nombreux les périls intérieurs et extérieurs. Un soulèvement de masse la balayerait d’un seul coup. Les turbulences économiques et les convulsions sociales sont trop importantes pour l’attelage contradictoire concocté par l’administration américaine.

La classe ouvrière pakistanaise va prendre son destin en main et transformer la société. Une fois de plus, les événements ont confirmé les perspectives et la stratégie des marxistes du PPP. Leurs tâches historiques sont posées d’une façon plus concrète que jamais. La mobilisation du 18 octobre, à Karachi, a clairement montré ce que veut le peuple : la fin de l’exploitation, de la misère, de la maladie et de l’esclavage. Les marxistes y ont défendu l’alternative socialiste et révolutionnaire. L’expérience de la période à venir poussera de larges sections de la population sur la voie révolutionnaire. La tâche des marxistes est de les mener à la victoire – c’est-à-dire à la victoire de la révolution socialiste.

Lal Khan (PPP / The Struggle)

Publication : mardi 30 octobre 2007

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L’assassinat de Benazir Bhutto 

arton953.jpgL’assassinat de Benazir Bhutto est un crime contre les travailleurs et les paysans du Pakistan. Il a été commis en pleine campagne électorale, après des années de dictature militaire. Les masses pakistanaises aspirent à un profond changement. En conséquence, le PPP de Benazir Buttho connaissait une puissante vague de soutien et était assuré de remporter les élections législatives prévues pour le 8 janvier.

La campagne électorale montait en puissance, et le message socialiste de la tendance marxiste du PPP – The Struggle – recevait un accueil enthousiaste dans tout le pays. Ces élections allaient marquer un grand tournant à gauche, au Pakistan. Cela semait la panique dans la clique dirigeante. Telle est la cause de l’assassinat de Benazir Bhutto.

Cette provocation sanglante avait pour but d’empêcher la tenue d’élections que le PPP allait gagner, et de fournir une excuse à une possible réintroduction de la loi martiale et de la dictature. C’est un acte contre-révolutionnaire qui doit être condamné sans réserves.

Qui en est responsable ? Quand j’ai posé la question à nos camarades de Karachi, ils ont immédiatement répondu : « les Mullahs. » Dans des pays comme le Pakistan, les forces de la contre-révolution se drapent souvent dans les habits du fondamentalisme islamique.

Qui que soit l’agent direct de cet acte criminel, les fils en remontent très haut. Les soit-disant « jihadistes » ne sont que les laquais et les hommes de main de forces réactionnaires qui sont au cœur de l’appareil d’Etat et de la classe dirigeante. Ils sont soutenus par une partie des Services Secrets Pakistanais (ISI), par des barons de la drogue directement liés aux Talibans et par le régime saoudien, toujours soucieux d’appuyer et de financer toute activité réactionnaire à travers le monde.

L’actuelle guerre en Afghanistan a des conséquences désastreuses au Pakistan. La classe dirigeante pakistanaise avait l’ambition de dominer l’Afghanistan après l’expulsion des Russes, en 1989. L’armée pakistanaise et l’ISI y sont impliqués depuis des décennies. Ils sont toujours liés aux Talibans et aux barons de la drogue (ce qui est la même chose). D’énormes fortunes ont été accumulées grâce au commerce de la drogue, ce qui empoisonne le Pakistan et en déstabilise l’économie, la société et la politique.

L’assassinat de Benazir Bhutto est une nouvelle illustration de la dégénérescence et de la corruption extrêmes qui rongent les organes vitaux du Pakistan. La misère des masses, la pauvreté et les injustices exigent une solution urgente. Mais les propriétaires terriens et les capitalistes n’ont aucune solution à ces problèmes. Les travailleurs et les paysans voyaient une alternative dans le PPP.

Certains « de gauche » diront : « mais le programme de Benazir Bhutto n’était pas une solution ». Mais les marxistes du PPP se battent pour le programme du socialisme – le programme originel du PPP. Et les masses ne peuvent apprendre à distinguer les programmes et les politiques qu’à travers leur propre expérience.

Les élections de janvier auraient donné aux masses une opportunité de faire au moins un pas dans la bonne direction, en infligeant une défaite décisive aux forces de la réaction et de la dictature. Elles auraient alors eu la possibilité de mieux distinguer les programmes et les politiques – non en théorie, mais en pratique.

Quel effet l’assassinat de Bhutto aura-t-il sur les masses ? Les larmes ont laissé place à la colère et à un sentiment de choc général. A l’heure où ces lignes sont écrites, il y a des émeutes dans les rues de Karachi et d’autres villes. Les gens bloquent les rues et brûlent des pneus. C’est un avertissement à la classe dirigeante : la patience des masses atteint ses limites. Et leur mouvement ne peut être arrêté par l’assassinat d’un dirigeant – ou de mille.

Les masses soutiennent toujours leurs grandes organisations traditionnelles. Le PPP s’est développé dans le feu des mouvements révolutionnaires de 1968-69, lorsque les travailleurs et les paysans étaient tout près de prendre le pouvoir.

Le dictateur Zia a assassiné le père de Benazir. Cela n’a pas empêché la renaissance du PPP dans les années 80. Les forces du terrorisme d’Etat ont assassiné le frère de Benazir, Murtazar. Ils ont ensuite exilé Benazir et instauré une nouvelle dictature. Cela n’a pas empêché le PPP de connaître une nouvelle résurrection lorsque 2 à 3 millions de personnes sont descendues dans la rue pour accueillir le retour de Benazir, en octobre dernier.

Les masses sortiront du choc et de la colère immédiats. Ces émotions seront remplacées par la révolte et la soif de revanche. Ce qu’il faut, ce n’est pas une revanche individuelle, mais une revanche collective. Il faut préparer les masses à un nouvelle offensive révolutionnaire qui s’attaquera aux racines des problèmes du Pakistan.

Il se peut que la clique dirigeante retarde les élections – mais il lui faudra bien organiser des élections tôt ou tard. Les réactionnaires espèrent que la disparition de Benazir affaiblira le PPP. C’est une erreur sérieuse ! Le PPP ne peut être réduit à un individu. Si c’était le cas, le PPP aurait disparu après l’assassinat de Zulfiqar Ali Bhutto, le père de Benazir.

Le PPP ne se ramène pas à un individu. C’est l’expression organisée de la volonté des masses à changer la société. C’est les 3 millions de Pakistanais qui sont descendus dans la rue pour accueillir Benazir. C’est les dizaines de millions qui se préparaient à voter pour le PPP. Ces millions pleurent, à présent. Ils trouveront le chemin qui fera entendre leur voix.

Les masses doivent protester contre ce meurtre par un mouvement qui débouche sur une grève générale. Elles doivent lever le drapeau de la démocratie. Non à la dictature ! Non à loi martiale ! Pour des élections immédiates !

La direction du PPP ne doit pas capituler aux pressions pour reporter les élections. Convocation immédiate des élections ! Que la voix du peuple soit entendue ! Surtout, le PPP doit revenir à ses principes et son programme originels.

Les principes fondateurs du PPP fixent l’objectif de la transformation socialiste de la société. Cela comprend la nationalisation des terres, des banques et de l’industrie sous contrôle ouvrier, ainsi que le remplacement de l’armée professionnelle par des milices paysannes et ouvrières. Ces idées sont aussi justes aujourd’hui que lorsqu’elles ont été écrites pour la première fois.

Rien n’est plus simple que de tuer un homme ou une femme. Nous autres humains sommes des créatures fragiles. Mais on ne peut pas assassiner une idée dont l’heure est venue !

Alan Woods, le 27 décembre.

Publication : samedi 29 décembre 2007 

 

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