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Le Parti Communiste Français partage la joie de la famille d’ Ingrid Betancourt. Nous saluons le courage de sa mère, de ses enfants et de tous ses proches
qui n’ont cessé de se battre avec ténacité, durant tous ces années, pour sa libération.
Cette joie, Ingrid Betancourt vient de le souligner, ne doit pas faire oublier les centaines de personnes qui restent en captivité dans la forêt colombienne dans des conditions extrêmement dures. Les efforts déployés en faveur d’un accord humanitaire doivent continuer.
Des négociations pour un tel accord sont indispensables. Mais l’exigence d’ une libération unilatérale de la part des FARC s’impose. Ce serait un geste politique significatif en faveur de la paix. Celle-ci, en effet, est toujours à gagner en Colombie. Seuls le dialogue et la négociation peuvent l’ apporter au peuple colombien : une paix dans la justice sociale.
Une paix qui mette fin à l’impunité des auteurs de massacres. Une paix qui puisse permettre aux dizaines de milliers de déplacés par le conflit et les exactions des paramilitaires de retrouver leurs terres.
Le président Alvaro Uribe veut mettre à son profit l’émotion suscitée par cette libération. Les progressistes colombiens rappellent légitimement que le président colombien et un nombre important de ses alliés font l’objet d’ accusations, y compris par la justice colombienne, qui montrent leurs liens avec les groupes para-militaires d’extrême droite.
Le Groupe des pays amis, qui a jusqu’ici travaillé pour un accord humanitaire, doit redoubler d’effort. Il devrait s’élargir à d’autres pays et créer les conditions pour qu’un cadre politique de négociations soit mis en place permettant au peuple colombien de mettre fin à un conflit qui dure depuis bien trop longtemps et qui comporte un risque permanent de déstabilisation régionale.
Le Parti communiste français réaffirme sa solidarité avec les forces progressistes colombiennes et latino-américaines qui agissent pour la paix, pour la justice sociale et de respect des Droits humains. Nous comptons faire tout ce qui est possible pour contribuer aux initiatives en faveur d’un accord humanitaire et d’une issue pacifique et négociée au conflit colombien.
Parti communiste français
Ingrid Betancourt, trois prisonniers de guerre états-uniens et onze fonctionnaires de l'Armée ont été libérés cet après-midi après une opération
militaire, qui s'est déroulé sans effusion de sang, dans une zone limitrophe des départements colombiens de Vaupés et Guaviare.
Qui sont les paramilitaires ?
Outre les guérillas, des
paramilitaires (ou escadrons de la mort) sont présents en Colombie, dont la plus grande organisation s'appelle Autodéfenses unies de Colombie (AUC). Ces milices luttent contre les
guérillas, les militants de gauche, les membres d'associations et les syndicalistes, ainsi que l'ensemble de la population civile, parfois en lien avec le gouvernement colombien. Ainsi
des meurtres sont commis contre des opposants politiques et des villages entiers sont déplacés suite à des attaques paramilitaires. Les groupes paramilitaires sont soutenus par les gros
propriétaires ruraux, pour éliminer systématiquement toute opposition politique. Bien que les groupes paramilitaires soient en principe illégaux en Colombie, le gouvernement intervient
rarement après les attaques paramilitaires contre des civils ; l'armée et la police ont opéré parfois avec certains de ces groupes. Depuis 2006, le « scandale de la parapolitique »
éclabousse le gouvernement Uribe, une soixantaine de députés proche d'Uribe ainsi que des membres de l'armée et des services secrets ayant été accusés d'avoir collaborer avec les AUC. Les
groupes paramilitaires et l'armée se sont fréquemment croisés sans qu'il n'y ait eu d'action entreprise par l'armée. De plus, 75% des militaires sont favorables aux groupes paramilitaires.
Le président Álvaro Uribe Vélez a remporté en Colombie l'élection présidentielle du 27 mai 2002 avec 53 % des suffrages, et 54 % d'abstention. Il a entamé des négociations avec les AUC qui
auraient débouché sur la démobilisation, en 2004, de 2500 à 30 000 combattants, en échange d'une quasi-amnistie pour tous leurs crimes. Le processus engagé suscite donc un certain nombre de
préoccupations sérieuses concernant les questions de l'impunité, des violations du cessez-le-feu par les AUC et des atteintes aux droits humains graves et nombreuses dont continuaient de se
rendre responsables les paramilitaires. Depuis 1999 au plus tard, les AUC ont effectué de fréquentes incursions dans le territoire vénézuélien afin de traquer et d'exécuter les
combattants d'extrême-gauche ou leurs sympatisants. Ils sont en outre accusés par les autorités vénézuéliennes de vouloir déstabiliser le gouvernement d'Hugo Chávez, créant des
différends diplomatiques avec le pays. Enfin, les chiffres annoncés par le gouvernement concernant le nombre de paramilitaires ayant déposé les armes suscitent des doutes, et des
interrogations quant à leur réinsertion. Les forces paramilitaires d'extrême-droite se financent en grande partie grâce aux revenus du trafic de drogue. Cependant, de l'aveu même du leader
des AUC Carlos Castano, les paramilitaires tirent environ 70% de leurs revenus du trafic de drogue, et contrôlent les filières depuis la production jusqu'à l'exportation. Cela met en
lumière un double-jeu du gouvernement colombien, qui reçoit une aide financière importante consacrée à la lutte contre les narcotrafiquants mais garde une position ambiguë envers les AUC.
En effet, le Plan Colombie, lancé en 1999 par les présidents Andres Pastrana et Bill Clinton, prévoit une aide militaire américaine afin de lutter contre le narcotrafic. Force est de
constater, comme le fait Amnesty International dans son rapport intitulé Killings, arbitrary detentions and death threats – the reality of trade unionism in Colombia, que l'action soit
orientée essentiellement contre les guérillas et la culture de coca, et non contre les paramilitaires. Par ailleurs, Human Right Watch et Amnesty International remarquent que les activités
des paramilitaires (auxquels on doit une grande partie des massacres et autres atteintes aux droits de l'homme) sont concentrées dans les régions riches en ressources naturelles. La
justice commence à s'intéresser aux liens entre les multinationales et les paramilitaires, qu'elles financent parfois dans le but de protéger leurs infrastructures des attaques des
guérillas (FARC et ELN), mais aussi pour faire fuir la population des zones qu'elles convoitent. Ainsi, la compagnie minière nord américaine Drummond est poursuivie pour avoir financé
l'assassinat de trois syndicalistes en 2001 par des hommes armés. La compagnie américaine Chiquita Brands est l'objet d'une plainte déposée dans le New Jersey par les familles de six
syndicalistes assassinés. L'entreprise avait déjà payé une amende de 25 millions de dollars après avoir avoué le versement de 1,7 million de dollars aux AUC (Autodéfenses Unies de Colombie,
qui regroupe les mouvements paramilitaires) qui opéraient dans les zones où Chiquita avait des plantations. Coca Cola a aussi été dénoncée par les syndicalistes de l'entreprise, qui
l'accusent d'avoir financé des paramilitaires pour anéantir les syndicats quitte à recourir à l'assassinat.